Jean Spinette
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Accueil du site || Agenda || Les dérives « communautaristes » de la gauche, l’épouvantail démagogique de la droite : la laïcité à l’épreuve des faits.

Philippe Close, Karim Ibourki, Eric Mercenier, Jean Spinette et Jérémie Tojerow, élus et militants PS, anciens présidents et vice-président du Cercle du Libre examen de l’ULB.

Depuis lesattentats de Paris, il est de bon ton de faire le procès de la gauche, et enparticulier du PS, pour son prétendu communautarismequi l’amènerait à sacrifier les valeurs de la laïcité sur l’autel de l’électoralisme à destination des citoyens belges deconfession musulmane En politique,les faits ultimes sont les votes parlementaires, le choix des lois quiorganisent la société. En 26 ans departicipation à des coalitions gouvernementales, quelle législation témoignantde ces graves dérives le PS aurait-il votée ou initiée sous la prétenduepression des « revendications » religieuses de son électoratarabo-musulman ? A Molenbeek ou àNamur, quel dangereux règlement communal les nouvelles majorités en place(MR-Cdh-Ecolo) ontelles dû défaire, car frappé du sceau de cette infamie ?

Durant cesdernières décennies, le PS aporté au parlement tous les combats visant à émanciper l’individu de l’emprise desmorales religieuses, en lui garantissant l’égalité et le droit de poser librement ses choix de vie : de la loisur la dépénalisation de l’avortement, au début des années nonante, jusqu’àl’extension de l’euthanasie pour les mineurs, début 2014. Contrairement àcertains partis confondant l’ouverture d’espaces de liberté dans la société etliberté de ne pas choisir au parlement, jamais le PS n’a fait de ces combats unengagement « à la carte » : il est en effet le seul partifrancophone à avoir adopté toutes ces législations à l’unanimité. Sans le PS, ces lois n’auraient pas vu lejour.

La loidépénalisant l’avortement : adoptée à l’unanimité des parlementairessocialistes. Sept sénateurs libéraux s’y opposèrent. La loi surl’euthanasie : adoptée à l’unanimité des parlementairesPS. De nombreux élus MRvotèrent "non". Etun Alain Destexhe s’abstint. La loi sur lemariage pour les couples de même sexe : adoptée à l’unanimité desparlementairesPS. Au Sénat, 5 élus MR s’y opposèrent, et seul un (FDF…) votapour. A la Chambre vote partagé du MR, huit pour, huit contre. La loi ouvrantle droit à l’adoption pour les couples de même sexe.Le vote fut très serré auSénat : 34 voix pour, 33 contre, 2 absentions…Adoptée à l’unanimité dessénateurs PS. Tous les sénateurs MR optèrent pour le « non » ! Au sein des députésMR, 5 voix pour, 2 absentions et18 voix contre, parmi lesquelles le Premierministre C. Michel, la Ministre M-C. Marghem, ou encore le Président du FDF O.Maingain. Au PS, 24 votèrent « oui » et on releva une abstention,celle d’un député qui quitta bientôt le PS. La loiélargissant l’euthanasie à certains mineurs : adoptée àune encablure du scrutindu 25 maipartous les parlementaires PS, dont Fatiha S., Ahmed L., Hassan B., ouencore Mohammed J. Au contraire par exemple des sénateurs MR Gérard D. ouArmand D.

Qu’il auraitpourtant été aisé d’autoriser, à l’instar du MR, le « vote à la carte » surces questions, permettant aux uns et aux autres de faire campagne avec undiscours à géométrie variable selon les publics visés. Suivant laconsigne du chefde groupe MR à la Chambre d’alors : « elle (la faculté du « voteà la carte ») est intimement liée à la conception que l’on se fait de sonpropre degré d’autonomie, par rapportnotamment à d’éventuelles transcendances, respectables, que chacun peutavoir. » En l’espèce,cela aurait été faire œuvre de… communautarisme. Le combat du PSpour l’adoption de ces législations laïques a été mené parallèlement àcelui contre le racisme et l’antisémitisme. C’est unsocialiste qui fut à l’initiative de la loi réprimant le racisme etl’antisémitisme, de même que de la loi réprimant le négationnisme du génocidedes juifs. Comme il fallut attendre l’accession d’E. Di Rupo au 16 rue de Loipour que l’Etat belge reconnaisse officiellement sa responsabilité dans ladéportation des juifs de Belgique. Autre engagementlaïc fondamental du PS : l’égalité des femmes et des hommes. Des ministres socialistes sont à l’origine dela création de l’Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes, de la loifédérale contre la discriminationentre les femmes et les hommes, des dispositions fédérales relatives augendermainstreaming.

Concomitammentaussi, le PS s’est ouvertces dernières décennies, plus que tout autre parti, auxcitoyens belges d’origine arabo-musulmane : ministres, parlementaires,bourgmestre et échevins. Mener tous cescombats de concert, c’est promouvoir la laïcité dans ce qu’elle a de plusauthentique : rassembler des individus de diverses origines et identitésculturelles autour d’un socle de droits et libertés, affranchi de toutecontrainte religieuse. Difficile dèslors de ne pas envisager dans l’usage récurrent des éléments de langagerelatifs au prétendu communautarisme du PS le choix d’une stratégiepolitiquebien précise, éculée et pourtant bien peu questionnée. Les crimes deParis, les perquisitions menées en Belgique et la crainte de nouveaux attentatsont décuplé les peurs, angoisses et questionnements légitimes d’une partimportante de la population. Et exacerbé certaines fractures et clivages.

Dans ce contexte,accuser de dérives communautaristes le PS vise à signifier en réalité àcertains segments de l’opinion en termes à peine voilés qu’il est le parti desmusulmans ; le parti de l’étranger.Par la même occasion l’inquisiteursignifie que lui incarne le parti des « occidentaux », des gens« d’ici ». Cette stratégiede communication s’appuie bien entendu sur la force normative de« l’image » : contrastant avec celui du PS, le MR offre unvisage désespérément monochrome, à l’instar par exemple de son groupe de 20 députés à la Chambre ou de sadélégation de 7 ministres. Au passage, si un parti peine « à rassembler ladiversité de la population belge autour de valeurs communes », ne serait-cepas plutôt celui-là ? Cette stratégieest peut-être intéressante sur le plan strictement électoral, mais une impassemortifère certaine pour nos sociétés. La société belge restera riche etcomplexe de sa diversité. Il est là lechoix de l’angélisme et de la cécité : penser qu’attiser ces clivages rendra notre société plus sûre, cohésive etsoudée autour de valeurs partagées.

Face à ceux quiveulent exacerber les tensions, en jouant sur les peurs et ressentiments, le PSfait le choix du chemin le plus difficile, même en ces temps mouvementés,fidèle à ses valeurs et sa vocation. Le choix deréduire les fractures, et de renforcer la cohésion sociale et citoyenne. Le choixd’organiser la synthèse entre la lutte sans faiblesse contre le fanatismereligieux, le combat sans trembler contre le racisme l’antisémitisme et l’islamophobie, lapromotion de la laïcité, et l’extension des droits et libertés individuelles.

Publié dans L’Echo le 11 février 2015